mardi 19 août 2014

Les vraies raisons de la guerre israélienne contre Gaza

Tel-Aviv, qui se présente toujours en victime, voudrait faire croire que son but est de détruire des tunnels. En réalité, l’objectif politique est de diviser à nouveau les Palestiniens et empêcher la création d’un État.

Vingt-cinq jours de guerre aujourd’hui contre la bande de Gaza. L’armée israélienne ne retient plus ses coups. Plus de 1 330 Palestiniens ont été tués et au moins 7 200 blessés. Des quartiers entiers de Gaza-ville ont été détruits, des villes comme Beit Hanoun ont été réduites à l’état de ruines. Des centaines de milliers de personnes sont obligées de trouver refuge dans les écoles de l’ONU, toutes peu sûres.
Si l’on en croit la propagande officielle du gouvernement de Tel-Aviv, tout aurait été déclenché par le rapt puis le meurtre de trois jeunes étudiants d’une colonie de Cisjordanie. Selon Benyamin Netanyahou, le Hamas serait responsable, il faut le détruire. Il savait pourtant depuis le début que la direction de ce mouvement palestinien n’était en rien impliquée dans ces odieux assassinats. Le prétexte était tout trouvé pour une nouvelle guerre, approuvée par les chancelleries occidentales, Washington et Paris en tête, sous prétexte qu’Israël avait le droit de se défendre. Et les Palestiniens le droit de mourir, si l’on comprend bien  ! Si l’on en croit Netanyahou, l’opération israélienne viserait à détruire les tunnels qui passent sous la frontière. Comme s’il découvrait cette réalité  ! Pourquoi alors mène-t-il cette guerre et pourquoi précisément maintenant  ?
Celle-ci n’a pas été déclenchée n’importe quand. Elle survient alors qu’après près d’un an, les «  négociations  » menées entre Palestiniens et Israéliens sous l’égide des États-Unis (souvent dans le plus grand secret des thèmes traités et des arguments avancés par les deux parties) ont échoué. Elles ont échoué parce qu’Israël a refusé de stopper son processus de colonisation des terres palestiniennes et n’a même pas respecté ses engagements quant à la libération d’un dernier contingent de prisonniers. Comment discuter des frontières du futur État palestinien quand c’est la politique du fait accompli qui prévaut sur le terrain  ? Année après année, sous prétexte de constructions dans le cadre du «  développement naturel des colonies  », celles-ci s’agrandissent et finissent par constituer un continuum que Tel-Aviv considère alors comme des blocs de colonies qu’il conviendrait d’annexer à Israël, réduisant toujours la Palestine, la transformant en un archipel non viable économiquement et politiquement. D’où l’importance de l’arrêt de la colonisation.
Autre argument avancé jusque-là en substance par Israël dans ses «  discussions  » avec l’Autorité palestinienne (juridiquement c’est l’OLP qui est le signataire de tout accord)  : vous ne rayonnez que sur la Cisjordanie, vous ne contrôlez pas Gaza, donc vous n’êtes pas représentatifs. L’annonce de la réunification palestinienne scellée entre toutes les organisations palestiniennes – y compris, donc, le Hamas – a résonné comme un coup de massue dans la tête des dirigeants israéliens. L’argument tombait de lui-même  ! Cette division, politiquement mortelle pour le mouvement national palestinien, faisait les beaux jours de Tel-Aviv.
Le calcul cynique de Netanyahou
L’unité retrouvée, un processus s’enclenchait visant à l’intégration des mouvements islamistes au sein de l’OLP. Le Hamas et le Djihad islamique, de facto, reconnaîtraient ainsi les accords passés avec Israël, ce qui est une forme de reconnaissance. De cela, Netanyahou et sa coalition d’extrême droite – où certains partis sont d’ailleurs opposés à la création de l’État palestinien sans que personne parmi les Occidentaux n’y trouve à redire – n’en veulent pas. Le but est de conserver et d’étendre les colonies en Cisjordanie, de poursuivre la captation des terres et des puits palestiniens par la construction du mur de l’apartheid et surtout de contrôler les approvisionnements en eau, via le Jourdain et les nappes phréatiques.
Quoi de mieux qu’une guerre pour attiser les haines, rendre les populations, meurtries, opposées à toute paix avec un tel voisin, diviser à nouveau les organisations politiques et renvoyer la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale aux calendes grecques  ? C’est le calcul cynique de Netanyahou. Voilà pourquoi il a déclenché la foudre sur Gaza. Malgré les morts et les destructions, il pourrait néanmoins être mis en échec. Le peuple palestinien n’est pas prêt à se diviser de nouveau.
Source : http://www.humanite.fr

Le sommet Afrique/Etats-Unis : pour le contrôle des ressources africaines

Les 5 et 6 août, la capitale des Etats-Unis, Washington, a été le lieu d’un évènement historique : le premier Sommet de chefs d’Etat d’Afrique et des Etats-Unis.

La démocratie et les droits de l’homme : grands absents du Sommet
La démocratie et les droits de l’homme ne seront pas parmi les objectifs du Sommet, en dépit de la propagande habituelle des Etats-Unis. En effet, de nombreux dictateurs patentés et violateurs des droits humains feront partie des chefs d’Etat qui sont invités à Washington. Il serait fastidieux de les citer tous. Mais parmi eux, on comptera Paul Biya du Cameroun, Idriss Deby Itno, du Tchad, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, de Guinée Equatoriale, au pouvoir depuis 1979, après avoir assassiné son propre oncle ! Et que dire alors de Blaise Compaoré du Burkina Faso, assassin de Thomas Sankara et d’autres valeureux fils du pays des hommes intègres ? Voilà un vulgaire assassin, devenu « chef d’Etat », puis dictateur sanguinaire au service de la Françafrique. Après plus de 27 au pouvoir, il veut faire modifier la Constitution de son pays pour rester au pouvoir, dans le but évident d’éviter à répondre à la justice pour les meurtres et assassinats qui ont jalonné son long règne de terreur. D’autres encore parmi les invités d’Obama sont des « héritiers » de dictateurs défunts, comme Faure Gnassimbé du Togo ou encore Ali Bongo du Gabon. Enfin, il y aura des présidents qui doivent leur pouvoir à des interventions étrangères, comme Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire.
Et dans la plupart de ces pays, les droits de l’homme sont allégrement violés au vu et au su des « champions » de la démocratie et de la liberté et avec leur complicité. Mais les violateurs des droits humains africains seront en de bonne compagnie. Barack Obama aura du mal à leur faire la leçon, étant donné le bilan exécrable des Etats-Unis dans ce domaine. Le soutien inconditionnel au génocide des Palestiniens perpétré par l’Etat terroriste d’Israël suffirait à lui seul à disqualifier les Etats-Unis à se dresser comme « défenseurs » des droits humains. Mais les révélations de Wikileaks et celles de Edward Snowden sur les tortures et autres pratiques inhumaines perpétrées par les Etats-Unis à travers le monde sont venues s’ajouter aux atrocités et barbaries commises par les troupes yankees dans l’Irak occupé et dont le monde entier a été témoin il y a quelques années de cela.
La course pour le contrôle des ressources africaines
En réalité, l’un des objectifs majeurs du Sommet sera pour les Etats-Unis de tenir un discours mielleux sur les « bienfaits » du commerce et des investissements dans le but d’avoir encore plus d’accès aux ressources du continent africain. Cela explique la pléthore de représentants du secteur privé, tant du côté africain que celui des Etats-Unis, à ce Sommet. Comme on le sait, les multinationales de ce pays se sentent « distancées » par les entreprises des pays « émergents » et même d’Europe, dans la course pour le contrôle des immenses ressources de l’Afrique. Et dans certains milieux du capitalisme en profonde crise, d’aucuns pensent que l’Afrique est devenue la nouvelle frontière de la mondialisation capitaliste et qu’elle détiendrait les clés de « sortie de crise ». Lors de sa visite au siège de l’Union africaine à Addis Abéba, en janvier 2014, le Premier ministre japonais Shinzo Abe avait déclaré : « Avec le potentiel que lui donnent ses ressources, avec sa capacité de croissance économique, l’Afrique est aujourd’hui un continent qui porte les espoirs du monde ». Ainsi le capitalisme en crise attend de l’Afrique qu’elle lui fournisse les solutions à la sortie de crise…grâce à l’exploitation de ses richesses au détriment de ses propres peuples ! Rappelons-nous le rapport du sénat français, rendu public en octobre 2013 et dont le titre à lui seul est sans ambigüités : "L’Afrique est notre avenir". C’est-à-dire « l’avenir » de la France et certainement et d’autres pays occidentaux, mais pas celui des peuples africains ! Ainsi, à Washington, il sera beaucoup question d’investissements, de « partenariats public-privé », de « liberté de commerce » et « d’aide ». Tout cela dans le but d’ouvrir grandes les portes d’entrée des économies africaines pour les livrer à l’appétit insatiable des multinationales yankees. Déjà l’on sait que le pétrole brut africain fait partie des priorités des Etats-Unis dans leur politique de diversification de leurs sources d’approvisionnement visant à diminuer leur dépendance à l’égard du pétrole du Moyen-Orient, région devenue plus volatile et de plus en plus hostile à l’impérialisme occidental, comme le montrent les réactions actuelles suite à l’agression de l’Etat sioniste et les massacres de milliers de Palestiniens. Dans la mise en œuvre de leur stratégie, les Etats-Unis cherchent à installer sur le sol africain le quartier général de leur projet de militarisation du continent, appelé AFRICOM ou « Africa Command ». Le prétexte apparent est « d’aider » les pays africains dans la « lutte contre le terrorisme ». Mais en réalité, AFRICOM vise à assurer la sécurité des investissements et des approvisionnements des Etats-Unis. Et l’implantation du quartier général d’AFRICOM en Afrique, surtout dans la région du Golfe de Guinée, riche en pétrole, leur donnerait un avantage stratégique pour contenir leurs rivaux potentiels, notamment la Chine.
L’ombre de la Chine
C’est un secret de Polichinelle que l’ombre de la Chine planera sur le Sommet de Washington, qui est en vérité une réponse des Etats-Unis à la montée en puissance du géant asiatique en Afrique. La Chine est devenue une obsession pour tous les pays occidentaux et le Japon, qui voient d’un très mauvais œil le resserrement de ses liens économiques avec l’Afrique. L’on se souvient des attaques à peine voilées de Barack Obama contre la Chine lors de sa visite de plusieurs pays africains en 2013. La visite du Premier ministre japonais, Shinzo Abe, rappelée plus haut, avait le même but : contrer la Chine. Quant à l’Union européenne, cela fait des années qu’elle essaie d’imposer aux pays africains son agenda de « libre-échange », frauduleusement appelé « accord de partenariat économique » (APE). Les chefs d’Etat de la CEDEAO ont apparemment décidé de capituler face aux pressions, menaces et change de l’UE en acceptant de signer les APE dans quelques semaines. Toute cette agitation occidentalo-japonaise vise à contrer la Chine, perçue comme le plus grand obstacle au maintien de l’hégémonie économique et géostratégique de ce que le Pr. Samir Amin appelle la « triade impérialiste » (Europe, Etats-Unis et Japon).
Le génocide du peuple palestinien entachera le Sommet
Cette triade impérialiste constitue le principal soutien de l’Etat sioniste dans sa stratégie d’extermination du peuple palestinien. Et le Sommet de Washington sera immanquablement terni par les atrocités quotidiennes commises par l’Etat terroriste Israël à Gaza. La complicité des Etats-Unis dans ces atrocités fait que les mains de Barack Obama sont tachées du sang de milliers d’innocents Palestiniens, dont plus de 300 enfants, assassinés de sang froid par l’armée israélienne équipée par les Etats-Unis. Ainsi donc, les présidents africains qui défileront à Washington serreront-ils les mains tachées de sang du président américain, complice d’Israël dans le massacre de milliers de Palestiniens. Si Israël continue de défier le monde entier et de rester sourd aux appels venant de toutes parts, c’est parce qu’il sait qu’il peut compter sur le soutien et la protection des Etats-Unis, quoiqu’il fasse. On l’a vu lors du vote de la Résolution du Conseil des Droits de l’Homme des Nations-Unies : les Etats-Unis étaient le seul pays à voter contre dans le seul but de défendre Israël !
Conclusion
Il est fort à parier que le Sommet de Washington n’apportera pas grand-chose aux peuples africains. Certes, les chefs d’Etat qui y prennent part mettront l’accent sur son « succès » et sa « réussite ». Mais peu de gens les croiront. Du point de vue des Etats-Unis, le seul et unique but de ce Sommet est de chercher à mettre les ressources de l’Afrique entre les mains des multinationales nord-américaines pour essayer de « rattraper le temps perdu » au profit des pays « émergents ». Et qu’ils le veuillent ou non, deux ombres planeront sur ce Sommet : celle de la Chine et celle des massacres quotidiens d’innocents enfants palestiniens par un Etat terroriste soutenu par leur hôte : Barack Obama !

samedi 22 février 2014

Union africaine : "Mon cher Kwame Nkrumah"

Dans un e-mail au père ghanéen du panafricanisme, décédé en 1972, Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de la Commission de l'Union africaine, imagine à quoi pourrait ressembler le continent en 2063. Un document lu lors d'un séminaire de l'UA, le 24 janvier à Bahar Dar.

Date : 24 janvier 2063

À : kwame@imafrican.com

De : nkosazana@condefafrica.gov

Objet : Unité africaine

Mon cher ami Kwame,

Salutations à ta famille, à tes amis, et meilleurs voeux pour 2063.

Je t'écris depuis la belle ville éthiopienne de Bahar Dar, sur le lac Tana, alors que nous achevons les préparatifs pour les célébrations du centenaire de l'Organisation de l'unité africaine, devenue l'Union africaine en 2002 et qui a posé les fondations de ce qui est maintenant la Confédération des États africains. Oui, qui aurait cru que ton rêve et celui de ta génération, lorsque tu appelas, en 1963, les Africains à s'unir ou périr, deviendrait un jour réalité ? Et quelle formidable réalité ! L'Afrique est maintenant la troisième économie du monde.

Mon cher ami, dans ton dernier e-mail, tu m'as rappelé que certains magazines nous appelaient autrefois le "continent sans espoir", comme si les conflits, la faim et la malnutrition, les maladies et la pauvreté étaient un état permanent pour l'Afrique. Peu ont cru en notre engagement de faire taire les armes avant 2020. Mais grâce à notre expérience directe des conflits, nous avons pu régler leurs causes profondes, avec l'acceptation de la diversité et la gestion concertée des ressources.

Dès le début, les diasporas ont joué leur rôle avec leurs investissements. Leurs membres sont revenus sur le continent avec leurs compétences, non seulement pour aider leur pays d'origine, mais aussi parce que c'était là que se trouvaient les besoins et les opportunités.

Le kiswahili est maintenant une grande langue africaine de travail et une langue mondiale enseignée dans la plupart des facultés dans le monde.

J'aimerais te donner des nouvelles de la famille. Après avoir fini leurs études spatiales à l'université de Bahar Dar, les jumeaux ont décidé de parcourir le continent pendant un mois avant de commencer à travailler à l'Agence spatiale africaine. Mon vieil ami, à notre époque, cela aurait été impossible dans un délai si court ! Grâce au Train express africain qui relie désormais les capitales de nos anciens États, ils vont pouvoir sillonner le continent et découvrir sa beauté, ses cultures et la diversité du berceau de l'humanité. Le plus impressionnant dans ce Train express africain, c'est qu'il ne s'agit pas seulement de lignes à grande vitesse, mais qu'ont été aussi construites, à ses côtés, des autoroutes, des pipelines pour le gaz, le pétrole et l'eau, ainsi que des lignes internet à haut débit : la propriété, la planification et l'exécution africaine dans ce qu'elles ont de meilleur !

Notre fille aînée, la linguiste, donne toujours des cours de kiswahili au siège de l'Université virtuelle panafricaine au Cap-Vert. Le kiswahili est maintenant une grande langue africaine de travail et une langue mondiale enseignée dans la plupart des facultés dans le monde. Nos petits-enfants se moquent du temps où nous nous débattions difficilement avec les traductions en anglais, en français et en portugais et que nous bataillions quand les traductions anglaises n'étaient pas conformes aux textes en français et en arabe ! Te souviens-tu de nos plaintes quand nous n'étions pas entendus dans les négociations sur le commerce et au Conseil de sécurité de l'ONU ?

Te souviens-tu que nous étions parfois désorganisés, divisés et nationalistes dans ces forums ? Que nous étions convoqués par divers pays étrangers dans leur capitale pour discuter de leur politique africaine ? Que les choses ont changé ! L'année dernière, la Confédération a célébré les vingt ans de son siège permanent au Conseil de sécurité, et nous sommes une puissance majeure pour la stabilité, la paix, les droits de l'homme, le progrès, la tolérance et la justice dans le monde.

À la prochaine,

Nkosazana

jeudi 2 janvier 2014

Niger : après l’Africom US, la France déploie des drones pour lutter contre le terrorisme au Sahel

Elisabeth Studer
Le Niger serait-il devenu un lieu de compétition internationale …. pour les drones militaires ? « Activité » qui pourrait être liée plus ou moins à ses richesses en uranium ?
Alors que l’Africom – commandement de l’armée américaine qui coordonne les activités militaires US sur le continent africain  – a réalisé en 2013 l’installation d’une base militaire US sur territoire nigérien – le tout assorti d’envois de drones pour pouvoir surveiller l’Afrique du Nord et le Sud Algérien -  le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu mercredi à Niamey au Niger sur la base où sont déployés les nouveaux drones français qui ont vocation – eux aussi – à renforcer la lutte contre le terrorisme au Sahel.
Le ministre a ainsi inspecté le système constitué de deux drones de moyenne altitude et longue endurance Reaper de dernière génération, des appareils de fabrication américaine livrés à l’armée de l’air française.
Selon le communiqué du ministère, ce système de drones – non armés et destinés à la surveillance – sera en mesure d’agir dans la région à partir de janvier 2014.
Toujours selon le texte officiel, la France souhaite ainsi « compléter de manière significative » ses « capacités de renseignement sur ce vaste territoire africain », ces drones devant également servir au contrôle de zones et au renseignement contre-terroriste.
Pour rappel, en août 2013 l’administration américaine a donné son accord pour que la France lance le processus d’acquisition de deux drones Reaper. Décision permettant également de débuter le cursus de formation de six premiers pilotes, chargés de télécommander les appareils, et d’opérateurs capteurs.
Le ministère précise par ailleurs que cette acquisition « vise à rattraper le retard capacitaire en drones que la France avait accumulé depuis des années », ajoutant que l’Etat français prévoyait de commander entre 2014 et 2019 quatre systèmes de drones, destinés à compléter les drones Harfang, appareils israéliens d’ancienne génération adaptés par EADS, qui doivent être retirés du service en 2017.
L’arrivée de ce premier système de drones « répond à la priorité donnée au renseignement dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale approuvé en avril 2013 », poursuit par ailleurs le communiqué.
Afin de répondre à «l’urgence » en terme de moyens de l’armée française, Jean-Yves Le Drian, a acté en mai 2013 la décision d’achat de 12 drones américains MQ9-Reaper « sur étagère » (non francisé), fabriqués par General Atomics. Les deux premiers appareils ayant donc été livrés ces derniers jours en vue d’être positionnés au-dessus de la zone sahélo-saharienne. A noter néanmoins, que grâce à leurs liaisons satellites, ils pourront mener des missions dans un périmètre plus large, en vue de soutenir les différentes implantations des forces françaises. Et pourraient donc être déployés au-dessus de la Centrafrique.
Ces appareils seront “mis en activité au Sahel avant la fin de l’année et permettront à la France de bénéficier d’une autonomie stratégique totale – alors qu’au début de l’opération Serval nous avions dû faire appel à des drones américains basés à Niamey”, avait justifié le ministre de la Défense, lors d’une audition devant les députés réunis en commission “élargie” (finances, affaires étrangères, défense).
Il n’en demeure pas moins que, comme le 11 septembre aura ouvert la voie à une surveillance accrue, au nom de la chasse aux terroristes, l’activisme des rebelles touaregs et des djihadistes maliens ainsi que les opérations des terroristes sévissant en Algérie auront semble-t-il  permis de justifier l’installation en 2013 d’une base militaire US en Afrique via l’Africom, et plus particulièrement au Niger. Une information en effet relayée par le quotidien américain New York Times et confirmée par Reuters.
«L’ambassadrice des Etats-Unis au Niger, Bisa Williams, s’est adressée à Mahamadou Issoufou, président nigérien, qui a immédiatement accepté sa demande», avait ainsi  précisé en janvier 2013 une  source proche du dossier. Le chef de l’Etat  nigérien ayant préalablement exprimé sa volonté de mettre en place «une relation stratégique à long terme avec les Etats-Unis».
Selon le NY Times, des drones Predator seront ainsi chargés d’effectuer des missions de surveillance dans la région «afin de combler le manque d’informations plus détaillées sur un certain nombre de menaces régionales dont celles relatives aux groupes terroristes activant dans le nord du Mali et au flux de combattants et d’armes en provenance de Libye».
L’Africom envisagerait par ailleurs l’établissement d’une base de drones au nord-ouest de l’Afrique afin nous dit-on d’augmenter les missions de surveillance des groupes extrémistes. Si les drones de surveillance seraient dans un premier temps non armés, des responsables militaires américains n’excluent pas toutefois le recours à des tirs de missiles «en cas d’aggravation de la menace».
« Les drones seront positionnés dans le nord du Niger, dans la région désertique d’Agadez, à la frontière avec le Mali, l’Algérie et la Libye », avait par ailleurs indiqué une source proche du dossier à l’agence Reuters.
«Cela est directement lié à l’intervention militaire au Mali, mais il pourrait aussi donner à l’Africom une présence plus durable pour les missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR)», ont justifié quant à eux les militaires US, précisait  pour sa part le NY Times.
Sources : AFP, Ministère français de la Défense, Le Figaro
Elisabeth Studer – 01 janvier 2014 – www.leblogfinance.com

Comment comprendre la tournure actuelle de la crise en Centrafrique ?


Pour comprendre l’évolution actuelle de la crise qui divise les centrafricains il faut incontestablement faire un retour dans le passé de ce pays.
En effet depuis la réélection de David Dacko le 5 Janvier 1965 la Centrafrique a tout comme la plus part des pays africains attiré la convoitise des puissances impérialistes alléchées par l’odeur des matières premières. C’est ainsi que le pays sera contraint de contracter beaucoup de dettes pour sortir de l’impasse économique. Mais cet endettement ne résoudra pas tout naturellement cette crise d’où la naissance d’une crise politique qui va contraindre le président à se rapprocher de la Chine communiste. Ce rapprochement de David Dacko déplaira aux américains qui n’hésiteront pas à soutenir Bokassa qui prendra le pouvoir en 1966 pour instaurer une dictature sans précédente car il passera du  tire de président de la République à celui d’Empereur. Par la suite les rivalités entre la France et les Etats Unis d’Amérique pour une main mise sur les richesses de la Centrafrique pousseront la France à travers l’opération BARRACUDA menée par les parachutistes français le 20 Septembre 1979 à ramener David Dacko au pouvoir. Ce dernier sera réélu avec une forte contestation de Patassé. D’où la naissance d’une nouvelle crise politique qui obligera A.Kolingba à prendre le pouvoir. En 1993 Patassé sera élu président avant lui aussi d’être éjecter de son siège par le général François Bosizé en 2003.
François Bosizé n’échappera aussi aux politiques politiciennes des puissances impérialistes qui divisent pour mieux régner. Il fera face à la naissance de plusieurs fronts de résistance dont l’UFDR de Michel Djotodia. Bosizé sera contraint de fuir la Centrafrique pour son refugier au Cameroun voisin permettant ainsi à la SELEKA diriger par Michel Djotodia de prendre le pouvoir pour installer une transition. Michel Djotodia héritera d’une Nation au bord du gouffre et meurtrie par des années de crise et tentera dans une mission impossible de mettre en place un gouvernement de transition composé de plusieurs couches socio-politiques du pays pour une réconciliation nationale. Le président de la transition perdra très vite le contrôle de ses troupes qui se lanceront dans des actes de vandalismes, pillages, arrestations arbitraires, chasse aux sorcières….Avec la montée de la violence entre pro et anti SELEKA, le 5 Décembre 2013 le Conseil de Sécurité de l’ONU par la résolution 21 27 donnera mandat à la MISCA (Mission Internationale de Soutient à la Centrafrique) en remplacement de la MICOPAX (Mission de la Consolidation de la Paix en Centrafrique). Cette mission sera essentiellement composée des forces armées Tchadiennes, Gabonaises et Camerounaises. Incapable de mettre fin aux violences la France envoilera une nouvelle mission au nom de SANGARIS. La coalition SELEKA au pouvoir dirigée par Djotodia sera accusé d’être favorable aux musulmans  ce favorisera l’émergence d’une nouvelle résistance du nom des Anti-Balaka (anti-machettes en Sango).
En résumer nous avons sur les différents fronts les forces armées de la coalition SELEKA, les forces armées des anti-Balaka, et les forces d’interposition qui sont censées mettre fin aux violences (la MISCA et l’opération SANGARIS). Cependant malgré la présence des forces d’interposition la crise s’aggrave de jours en jours et à même pris la tournure d’un conflit entre musulmans et chrétiens. La MISCA à travers l’armée tchadienne est accusé de soutenir les musulmans de la SELEKA et quanta l’opération SANGARIS elle est accusée de soutenir les chrétiens anti-Balaka. Cela démontre encore combien les africains n’ont pas compris que les puissances impérialistes comme la France alimentent les divisions entre africains pour mettre la main sur les richesses du continent. Cela risque aussi de faire répéter l’histoire du génocide rwandais ou des puissances comme la France ont été complice du massacre de plusieurs africains. Il faut que les africains prennent consciences pour mettre fin à toutes ces guerres religieuses, ethniques et politiques pour donner la chance aux générations à venir d’avoir un avenir radieux. Il faut en fin souligner aussi la part de responsabilité de certains média impérialistes qui alimentent les conflits à travers une propagande pour l’un ou l’autre camp à travers des images ou vidéos montrant les différents massacres, attisant ainsi la haine. Il faudrait que les africains prennent la décision courageuse que désormais l’Afrique résoudra ses litiges sans l’intervention des puissances impérialistes.

dimanche 27 octobre 2013

Décryptage de l’actualité politique et économique au Niger :

Depuis un certain temps l’atmosphère  politique au Niger est tendue et vu de loin compte tenu de certains propos on a l’impression que le pays est dans l’impasse alors même qu’on en est loin pour le moment. Les médias audio-visuels, la presse écrite et celle en ligne, ou même les blogs et les réseaux sociaux, sont désormais devenu des champs d’affrontement entre partisans du Guri Système et partisans de l’opposition. Ainsi plusieurs sujets d’actualités suscitent ces réactions multiples de nos concitoyens, on peut citer entre autre la question de la formation du gouvernement d’union national, la question de la révision des contrats avec le groupe nucléaire français AREVA, la question d’un éventuel retour de l’ex-président Mamadou Tandja. Cependant il est de notre devoir d’apporter un éclaircissement sur ces sujets d’actualité car, les rumeurs, les fausses informations, et les débats passionnés peuvent conduire notre pays si beau et plein d’avenir dans une impasse sans précédente.

De la question du gouvernement d’union nationale :


On se rappelle très bien que le président de la république Mahamadou Issiffou a nourri cette idée de formation d’un gouvernement d’union national depuis les élections qui l’on opposé à l’ex-président Tandja, mais aussi depuis son arrivé au pouvoir notamment lors de son investiture il avait nourrit cette idée puis au cours de son mandat il avait surtout appelé l’opposition à l’accompagner dans son programme de renaissance. Aussi le président de l’Assemblée Nationale dans son discours historique avait aussi soutenu cette idée qui de jours en jours à muri et avait été finalement accepté par la classe politique nigérienne mais avec des conditions et à l’époque nombreux étaient les leaders d’opinions qui ont parlé d’un complot de la classe politique contre le peuple. A ce stade tous étaient pour l’idée du gouvernement d’union national jusqu’à l’ instant où certains leaders politiques n’auront pas entière satisfaction sur leurs conditions, on peut citer entre autre le cas de Seyni Omar président du premier parti de l’opposition MNSD Nassara qui refusera de participer à la formation de gouvernement à la dernière minute pour cause qu’il n’a peu le poste de premier ministre qu’il avait posé comme condition et le cas de Mahamane Ousmane président de la CDS Rahama qui refusera aussi pour motif que l’Assemblée Nationale qu’il juge non représentatif ne sera pas dissoute pour de nouvelles élections législatives. Pour ces deux cas on comprend aisément qu’ils ont mis en avant leurs propres intérêts et non ceux du Niger. C’est ainsi certains rebelles du MNSD comme Albadé Abouba, Alma, Wassalké, Zada,…bref certains poids lourds du parti prendront la décision courageuse de participer à la formation de gouvernement d’union national pour motif que c’est cela qui avait été décidé lors du congrès du parti. D’où la formation de deux blocs au sein du grand parti de l’opposition. Le grand spectacle est à venir lorsque le principale allié du président de la République décidera de suspendre sa participation au gouvernement pour motif qu’il a bénéficié de ministres à coquille vide. Là aussi on comprend aisément que des intérêts personnels sont mis en avant au détriment de l’intérêt général. Cette décision ne fera pas l’unanimité au sein du Lumana d’où la décision de certains poids lourds comme Ladan Tchana, Sallah Habi, Mano Aghali,…de maintenir leur participation au gouvernement d’union national malgré la décision du bureau politique national. Là aussi on assistera à la formation de deux blocs au sein du Lumana. S’en suivra pas la suite un spectacle désolant de déclaration et de contre-déclaration pour ou contre le gouvernement d’union national. Dans toute cette ambiance seul le PNDS Tarraya en occurrence le parti au pouvoir sortira solide et d’ailleurs certains n’hésiterons pas à dire que cette idée de départ d’aller vers ce type de gouvernement ne visait rien d’autre que la division de la classe politique, ce qui est erroné dans la mesure ou le président a ouvert ses portes à toutes la classe politique et elle était à un pas près de répondre à cet appel mais seulement l’égoïsme de cette classe politique a pris le dessus et certains qui n’étaient pas forcement soumis au dictat des présidents de ses partis ont saisi l’occasion de servir leur pays. Pour revenir à cette idée du président il faut dire clairement qui si ce choix d’aller vers un gouvernement d’union national est motivé par le fait de se mettre à l’unisson pour faire face à multiples défis qui attendent le Niger( sécurité alimentaire, sécurité des personnes et des biens, l’éducation et la santé de nos populations, mise en valeur de nos ressources naturelles, lutte contre le terrorisme international,…), nous pensons qu’il a vu claire car il est temps pour les nigériens de mettre de côté leur divergence politique pour qu’ensemble nous regardions rien que l’avenir de notre pays. Mais seulement cette idée ne doit pas être un facteur de division des nigériens et le président de la république doit se mettre au-dessus de toute division sans prendre parti car il est élu président de tous les nigériens et non d’un clan.

De la question du retour de Tandja Mamadou sur la scène politique :

Personnellement Tandja Mamadou n’est pas sorti officiellement annoncer son retour sur la scène politique nigérienne pour éventuellement être candidat indépendant en 2016. Mais seulement il est de coutume au Niger que les rumeurs politiques finissent toujours par être confirmer car on se rappel de l’époque du Tazartché qui avait vu jour suite à des rumeurs. Ainsi déjà cette rumeur est reprise par beaucoup de nigériens et surtout par des acteurs de société civile nostalgique du Tazartché comme Nouhou Arzika et la popularité du président Tandja laisse présagée que cette rumeur fait déjà peur à certains politiciens. Mais seulement es-ce cela la solution pour le Niger ramener un ancien chef d’Etat de la vieille génération même si la constitution lui permet d’être candidat, car aujourd’hui les nigériens ont soif de changement et appel à un renouvellement de la classe politique actuelle. C’est vrai que Tandja est un grand homme politique et qu’il a fait pas mal de réalisation pour le Niger et qu’il pouvait faire plus compte tenu de la stabilité et des moyens de son époque, mais cela n’est pas une raison de le divinisé à ce point comme quoi il est le seul à pouvoir changer les choses au Niger, nous sommes sur qu’il y a des hommes et des femmes capable de relever les multiples défis qui bloquent la renaissance du Niger. Tandja est libre d’être candidat mais la solution pour le Niger ne réside pas forcement en lui. En fin nous pensons que pour apporter quelque chose au Niger Tandja n’a pas besoin de revenir sur la scène politique, il a déjà son statut d’ancien président et d’ailleurs il est régulièrement consulter par le président actuel sur des questions importantes pour le Niger. Il est temps de mettre fin à ce genre de rumeurs et regardons l’avenir du Niger que de vouloir toujours poser des actes qui visent à créer l’instabilité.

De la révision des contrats miniers avec AREVA :


Il faut d’abord noter qu’avant AREVA c’était la COGEMA qui exploitait l’uranium nigérien. Et depuis l’indépendance du pays dans les années 1960 c’est des filiales d’AREVA (COMINAK et SOMAIR) deux mines l’une à ciel ouvert et l’autre souterraine qui exploitent le gâteau jaune nigérien. Depuis cette exploitation le Niger est devenu un enjeu stratégique pour la France car « C'est l'exploitation de cet uranium nigérien qui a permis à la France d'assurer son indépendance énergétique et militaire, grâce à l'installation d'un des meilleurs parcs de centrales nucléaires au monde, et à la fabrication d'armes nucléaires dissuasives. Or, les conditions juridiques pour le monopole français de l'exploitation de cet uranium ont été assurées à la veille de l'indépendance, par des accords secrets signés entre la future ex-colonie et sa métropole. Par contraste, la production d'électricité de tout l'État du Niger est inférieure à la consommation d'électricité d'un quelconque département français tandis que cette électricité française est produite, pour partie, grâce à l'uranium nigérien. » (Source Wikipédia).En 40 ans d’exploitation AREVA a extrait 100 000 tonnes d’uranium et le Niger n’a eu que 3 000 tonnes de ce uranium sous forme d’uranate avec 20 000 tonnes de boue radioactive. On voit aisément comment le Niger est exploité, piller de ses ressources, on voit aussi comment est-ce que les contrats sont très mal négociés avec une complicité de plusieurs acteurs y compris certaines  autorités. Aujourd’hui c’est à juste titre que les autorités nigériennes actuelles ont demandés une révision de ses contrats qui lèsent beaucoup la partie nigérienne. Les intérêts du Niger doivent primer par-dessus tout et nous devons tous apporter notre soutien à cette décision courageuse quand on sait que à chaque fois qu’un chef d’Etat nigérien décide de se mesurer aux puissances impérialistes il est éjecter de son siège, nous avons encore en mémoire le coup d’Etat militaire contre Hamani Diori qui voulait aussi révisé ces contrats, c’était le cas aussi de l’ex-président Tandja qui a osé mettre en valeur notre uranium, et aujourd’hui les nigériens doivent tous faire pour que le Niger sorte gagnant dans ce bras de fer avec AREVA. L’uranium appartient aux nigériens et la France à travers son groupe AREVA doit se conformer aux exigences des nigériens si non pourquoi pas diversifier nos partenaires ou même envisager purement et simplement une nationalisation de toutes les compagnies exploitants l’uranium au Niger. L’uranium n’appartient pas à la France mais au peuple nigérien et dans cette situation nous ne pouvons pas attendre, il faut revoir les contrats, exiger le démarrage de l’exploitation de la mine d’Imouraren et faire profiter les populations nigériennes des retombées de cette exploitation.
                                                                                                              

dimanche 13 octobre 2013

Comment Areva laisse mourir ses travailleurs au Niger

Les Français s’éclairent et se chauffent grâce à leur travail : ces centaines de mineurs nigériens qui ont passé 20 ou 30 années de leur vie à extraire de l’uranium pour Areva. De l’uranium qui, importé en France, alimente ensuite nos 58 réacteurs nucléaires. Souvent victimes des effets des radiations, ils souffrent et meurent aujourd’hui dans l’indifférence. Pas question de reconnaître leurs maladies professionnelles. Combien de temps le leader français du nucléaire continuera-t-il à les mépriser ?

L’extraction minière d’uranium au Niger serait-elle l’une des activités les plus sûres au monde ? Areva y exploite deux mines depuis le début des années 1970 [1], et emploie aujourd’hui 2 600 personnes. Or, en un demi-siècle, seuls sept dossiers de maladies professionnelles d’employés travaillant dans les mines d’uranium d’Arlit et Akokan, dans le Nord-Niger [2], ont été validés par la sécurité sociale nigérienne. Et sur les sept travailleurs victimes de pathologies professionnelles, cinq sont des expatriés français, indique Ousmane Zakary, du Centre de sécurité sociale de Niamey. Seuls deux mineurs nigériens sont concernés, alors que le personnel nigérien constitue 98% des employés d’Areva sur place. Une performance sanitaire !

L’extraction d’uranium ne serait-elle pas plus dangereuses pour la santé des travailleurs que la culture d’oignon ou de mil ? Les Français, dont une large part de l’électricité est produite grâce au minerai nigérien – qui alimente un tiers des 58 réacteurs nucléaires – doivent-ils se réjouir de l’attention portée par Areva à la santé de ses salariés ?« Les mineurs d’uranium sont exposés à des radiations ionisantes tant par irradiation externe qu’interne. Ils sont exposés dans les carrières d’uranium, les mines souterraines, les usines d’extraction de l’uranium, mais aussi à leur domicile et en ville », décrit pourtant Bruno Chareyron, directeur du laboratoire de la Commission d’information et de recherche indépendantes sur la radioactivité (Criirad). L’organisme a réalisé de nombreuses analyses sur la présence de gaz radioactifs dans l’air, l’eau et l’alimentation à Arlit. Dans cette zone, 35 millions de tonnes de déchets radioactifs sont empilés à l’air libre depuis le début de l’exploitation. Au gré du vent, du gaz radon et ses dérivés s’en échappent. Des substances « classées cancérigènes pour l’homme par l’IARC [Centre international de recherche sur le cancer] dès 1988 », précise l’ingénieur en physique nucléaire.

Pas de suivi médical pour les anciens mineurs

Pourquoi n’y a-t-il pas plus de maladies professionnelles déclarées ? Soit Areva est effectivement exemplaire, soit ces maladies professionnelles sont dissimulées, écartées des études et des statistiques. Au Centre de sécurité sociale de Niamey, la capitale nigérienne, Ousmane Zakary esquisse une réponse. C’est le médecin des filiales d’Areva en charge de l’extraction (la Somaïr et la Cominak) qui doit alerter la sécurité sociale de l’existence d’une maladie professionnelle au sein de son personnel. Puis un médecin du travail mène une contre-expertise. Or « de nombreux ouvriers se plaignent que le médecin de la Cominak leur pose des problèmes pour déclarer leur maladie professionnelle. On essaye de leur cacher leur situation de santé », témoigne Ousmane.
Pire : seuls les mineurs en activité peuvent recevoir une prise en charge sanitaire de l’État nigérien. « Il n’y a pas de suivi médical pour les anciens mineurs. Pourtant les maladies liées à la radiation se déclarent souvent des années plus tard, décrit Ousmane. « Il y a quatre ans, le directeur adjoint d’Areva au Niger et son DRH sont venus pour en savoir plus sur la situation des anciens mineurs ». Cette visite n’a rien changé : les anciens travailleurs des mines d’uranium du Niger ne sont toujours pas couverts par leur ancienne entreprise ou par l’État.

« Ils sont tous morts ! »

Pourtant, les témoignages de malades ou de familles d’anciens mineurs décédés affluent.« Mon mari faisait partie des premiers agents de la Somaïr. Tous ses collègues sont morts, de cancers, de problèmes de reins, de foie… Parmi ceux qui sont restés, beaucoup sont malades ou paralysés.
Mais on ne peut pas dire que c’est lié directement à l’irradiation, il aurait fallu faire des études ! », se désole Hamsatou Adamou, sage-femme, responsable de la maternité du centre médical d’Arlit, puis de la Cominak.

Elle participe chaque semaine à la réunion de l’Association des anciens travailleurs du secteur minier et leur famille (ATMSF), créée en 2009 par Boureima Hamidou. Cet ancien échantillonneur de la Cominak, victime de ce qu’il considère comme un licenciement abusif, cinq ans avant sa retraite, a décidé de se mobiliser pour les mineurs. Dans le local exiguë de l’association, des sexagénaires patientent, tous atteints de paralysie, souffrant d’insuffisance rénale ou de troubles pulmonaires. Des survivants. La plupart des mineurs d’Arlit et Akokan qui ont travaillé entre les années 1970 et 1990 pour le compte d’Areva ne sont plus là pour témoigner. « Ceux qui ont pris leur retraite début 1990 n’ont pas tenu deux ans. Ils sont tous morts ! C’était comme une épidémie ! », décrit Cissé Amadou, qui a travaillé vingt ans comme cadre pour la Somaïr à Arlit.

De l’uranium à pleines mains

Ancien ouvrier de la Cominak, Mamane Sani fait partie de ces chanceux qui ont survécu. Mais à quel prix… C’est l’heure de la prière. Le frêle homme vêtu de son boubou ne parvient pas à laver son pied gauche, selon le rituel musulman des ablutions. Depuis 1992, il est paralysé du côté gauche. Une maladie qui s’est déclarée « trop tard » pour être reconnue. La Cominak n’a pris en charge aucun frais de santé, malgré 25 ans passés à travailler pour la société minière. Dans son travail, Mamane était au contact direct avec le « yellowcake », un concentré d’uranium qui, une fois enrichi, permet de produire de l’énergie nucléaire.

Plusieurs anciens mineurs pointent l’absence de protection : « Je maniais directement l’uranium. Au début, les gants, on ne savait même pas ce que c’était. Il n’y avait pas non plus de masques. Tout ça est venu après », raconte Islam Mounkaïla, président de l’ATMSF, et opérateur de fabrication dans l’usine de transformation de la Cominak pendant 20 ans. Des témoignages assez éloignés des déclarations d’Areva, premier employeur privé du pays, qui affirme avoir « intégré la sécurité comme une composante de son métier et [mettre] en place une politique de prévention depuis le début de son implantation au Niger. »
Areva condamnée pour « faute inexcusable »

Areva a bien créé un comité de santé et sécurité au travail… En 1999, 45 ans après l’ouverture de sa première mine. Le port de gants et de masques de protection est aujourd’hui obligatoire pour tous les travailleurs miniers, souligne Boureima Hamidou, qui dénonce cependant le manque de formation chez les employés. Un progrès bien tardif. « Pour une maladie professionnelle reconnue chez un salarié français ayant travaillé au Niger, combien de morts et de malades dus à la radioactivité – rendus invisibles par les choix d’organisation du travail – chez les travailleurs du Niger et dans la population riveraine des mines et des usines d’uranium dans ce pays ? » s’interroge Philippe Billard, de l’association Santé sous-traitance du nucléaire-chimie. L’ancien « nomade du nucléaire » réagissait à la mise en accusation d’Areva, devant le tribunal des Affaires sociales de Melun, concernant le décès de Serge Venel, cadre de la Cominak de 1978 à 1985, mort d’un cancer. Areva a été jugée coupable de « faute inexcusable » par la justice française. L’entreprise s’est empressée de faire appel.

Vers une action juridique d’envergure ?

Islam Mounkaïla, le président de l’ATSMF, se souvient bien de Serge Venel : « C’était mon chef opérateur. Nous étions beaucoup plus exposés que lui : en tant que mécanicien, il n’intervenait qu’en cas de panne ou d’incident, tandis que nous étions en permanence en contact avec le minerai », explique-t-il, entre deux crises de toux.
Si les anciens mineurs nigériens ont souffert des mêmes pathologies que celle qui a emporté Serge Venel, une action juridique d’envergure serait envisageable pour obtenir réparation.
« S’ils dédommagent la veuve de Serge Venel, nous sommes des milliers de personnes au Niger à partager son sort, en pire », avertit Boureima, qui attend avec impatience le résultat du procès en appel, qui aura lieu le 4 Juillet 2013 à la Cour d’appel de Paris.

Ce procès servira-t-il la cause des travailleurs nigériens ? « La jurisprudence du Tribunal des Affaires de sécurité sociale de Melun pourrait parfaitement être transposée (…). Dans ce cas, la juridiction compétente serait le Conseil de Prud’hommes, en considérant, comme l’a fait le tribunal de Melun, que la société Areva était leur co-employeur. Cette demande pourrait être présentée par les travailleurs eux-mêmes ou par leur famille en cas de décès », explique l’avocat Jean-Paul Teissonnière, spécialisé sur ces questions.

Toujours aucune trace de maladie liée à l’uranium

Une véritable bombe à retardement qu’Areva s’est empressé de désamorcer en créant en décembre 2010 l’Observatoire de Santé de la région d’Agadez (OSRA), en réponse aux revendications croissantes de la société civile d’Arlit, de Médecins du Monde et de l’association Sherpa. Ces ONG dénoncent depuis 2003 les atteintes à l’environnement et à la santé des travailleurs des mines d’Areva au Gabon et au Niger. L’objectif : offrir « un suivi post-professionnel des anciens collaborateurs exposés à l’uranium », décrit Areva sur son site internet. Avec une consultation médicale – examen clinique, radiographie pulmonaire pour ceux exposés au minerai, analyse sanguine – tous les 2 ans. L’OSRA doit également assurer un suivi sanitaire des populations de la zone minière, avec une analyse des données indépendantes et scientifiques (registres médicaux des maladies constatées, rapports des hôpitaux, études de cas…) disponibles. Et doit conduire « une étude sur la mortalité des mineurs de 1968 à 2005 afin d’assurer une totale transparence sur l’impact sanitaire de l’activité minière actuelle et passée ».

Transparence, donc. Mais après un an de consultations médicales, toujours aucune trace de maladie liée à l’uranium ! « Nous avons relevé quatre dossiers problématiques, dont deux révélant des anomalies. Après analyse, le comité médical de l’OSRA a indiqué qu’il n’y avait pas de lien avec l’exposition à l’uranium, mais nous avons souhaité les prendre en charge tout de même. Et là, on entre dans l’action de santé publique, car on leur un offre un suivi médical, même s’il s’avère qu’ils n’ont pas de maladie professionnelle », se félicite Alain Acker, directeur médical d’Areva.

Le sable, plus dangereux que l’uranium...

Dans un rapport [3], Greenpeace met pourtant en évidence une pollution radioactive dans l’air, dans l’eau et dans les nappes phréatiques, et un manque de sensibilisation de la population à Arlit, où « le taux de mortalité des maladies respiratoires (16%) est deux fois plus élevé que la moyenne nationale (8,5%) ». Areva réagit en publiant son propre rapport, Areva et le Niger, un partenariat durable. On y apprend que « la communication de Greenpeace repose essentiellement sur les peurs du public et la désinformation », tandis que les affections allergiques sont dues « aux actions agressives du sable pour les yeux et les poumons et non à l’activité minière comme le laisse supposer Greenpeace » !

Quand le journaliste Dominique Hennequin revient du Niger et du Gabon avec un reportage à charge, Uranium, l’héritage empoisonné, diffusé sur la chaîne Public Sénat, il est rappelé à l’ordre par le porte-parole d’Areva pour avoir osé affirmer que l’accueil organisé par la société minière lui rappelait la Corée du Nord… Mais comment parler de transparence, quand l’OSRA est financé à 100 % par Areva ? « Moins d’un tiers des anciens travailleurs des mines a été recensé : 472 à Arlit et 39 à Agadez. Sur ce tiers, seule une centaine a reçu une visite médicale, décrit Cissé Amadou, l’ancien cadre de la Somaïr.

Opération de communication

« Le pire, c’est que les visites ont été supervisées par le docteur Barazé, médecin de la Cominak pendant des années.
Comment un docteur qui n’a jamais relevé de pathologie liée à l’irradiation chez des ouvriers, qui ont tous trépassé deux ans après leur départ de la mine, pourrait revenir sur son diagnostic aujourd’hui ? », poursuit Cissé Amadou. Après trois ans de partenariat avec l’OSRA, l’association Sherpa a annoncé le 18 décembre 2012 son retrait.

Pour l’ONG, la nouvelle direction d’Areva a « réduit pour l’essentiel l’exécution des accords à une opération de communication, sinon d’affichage. ». L’avenir de ce « dialogue exemplaire et sans précédent entre des Autorités nationales, les organisations non gouvernementales (ONG) et un partenaire industriel responsable », selon les mots d’Alain Acker, directeur médical d’Areva, semble bien compromis.
Pour Bruno Chareyron, de la Criirad, le suivi post-professionnel de l’Observatoire de santé est de toute manière biaisé, Areva ne prenant en compte qu’une « liste périmée et incomplète » de maladies professionnelles induites par la radioactivité, estime l’ingénieur. « Les connaissances actuelles sur les effets des expositions chroniques à de faibles doses de rayonnement montrent que les atteintes à la santé concernent de nombreux types de cancers et l’ensemble des fonctions vitales. Il peut s’agir d’atteintes cardiovasculaires, de maladies rénales ou d’affections neurologiques, et pas seulement de cancer broncho-pulmonaire, de sarcome osseux ou de leucémie. » Autant de mots posés sur les maux d’Islam, qui souffre de « lourdeur dans la joue, la main et le genou droit », de Mamane, à moitié paralysé, d’Aboubacar Ilitimine, foreur à la Somaïr depuis 1976, qui souffre d’insuffisance rénale… Comme de nombreux anciens travailleurs miniers nigériens.

Ces anciens travailleurs pourraient aussi faire jouer leur « préjudice d’anxiété », pour obtenir des dommages et intérêts, comme ceux reconnus [4] pour les salariés non malades exposés à l’inhalation de poussières d’amiante. « Dans l’hypothèse où le lien de causalité serait trop difficile à établir, nous pourrions envisager devant le Conseil de Prud’hommes des demandes au titre du préjudice d’anxiété lié à une exposition fautive à la radioactivité, dans des conditions de danger que l’employeur, en l’occurrence Areva, ne pouvait ignorer », expose Jean-Paul Teissonnière. L’avocat, spécialisé sur les questions sanitaires vient d’obtenir entre 5.000 et 30.000 euros de dommages et intérêts pour les salariés de la société Eternit non malades exposés à l’amiante. Qu’elle soit juridique ou politique, la solution qui permettra aux anciens travailleurs miniers nigériens d’obtenir une prise en charge médicale doit être trouvée au plus vite.

Emmanuel Haddad


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